L'Impératrice et la Magie de Vénus


En ce jour du 3 Décembre 2019 pour le calendrier de l’avent de Mystic Moons, j’ai décidé de t’emmener avec moi dans l’exploration de l’arcane sacrée n· III du Tarot de Marseille, L’impératrice, et de son lien symbolique avec les déesses de la fertilité et de l’amour, ainsi que la magie verte amoureuse, le Veneficium et ses liaisons avec la fin de la saison sombre qui touchera son apogée au solstice d’hiver.

Ces mots sont un voyage que je te propose dans le labyrinthe des dualités du désir, du jour et de la nuit, de la stérilité et de la fécondité. Toutes ces notions sont pour moi renfermées dans le merveilleux et puissant arcane de l’Impératrice, souveraine des voiles de l’énergie sexuelle et créative… Puisses-tu trouver dans ces mots les graines des symboles qui mènent vers les sentiers de l’équilibre…


L’IMPÉRATRICE DANS LE TAROT & LES ASSOCIATIONS MYTHOLOGIQUES


J’ai longtemps été à la fois fascinée et fâchée avec l’Impératrice. Avec ses grands airs mystérieux, séducteurs et à la fois inatteignables elle me semblait difficile à déchiffrer malgré les significations que l’on lui attribuait. Est-ce une mère ? Une jeune fille passionnée ? Une femme à l’apogée de sa sexualité ? Est-ce la création même ? Les questions que l’on se pose face à notre incompréhension des arcanes sont toujours très révélatrices du rapport que nous entretenons avec cette facette là de notre personnalité.

Mon flou face à l’impératrice n’était autre que le flou ambigu que je vivais dans mon corps par rapport à ma propre énergie sexuelle, à ma créativité et à mon pouvoir. (vous savez, toutes ces choses que sont souvent reprochées aux femmes…;)


“Mais qu’est-ce qu’elle veut celle-là?”


L’impératrice est l’arcane du pouvoir exercé à travers l'intelligence créative. Elle incarne la création divine, de part sa numérologie, le 3 , la trinité, et l’éclosion de l’énergie couvée par la Papesse (II), l’expansion de notre pouvoir. Elle est fougue, passion, désir, luxure, fertilité, abondance, vie, lumière, pouvoir. Et en ça et pour tout ça, elle est associée à l’énergie de Vénus-Aphrodite, déesse de la beauté, de l’amour et du désir, ainsi qu’à Déméter, comme le montre l’illustration du Rider Waite, déesse des fruits terrestres, de l’agriculture et impulsatrice de vie sur terre, mais aussi de mort… Comme l’Impératrice dans son aspect négatif dans le tarot, Déméter peut être stérile, paralysée par la colère, sombre. Vous connaissez probablement le mythe de Perséphone, qui dans la cosmogonie Grecque, explique le cycle des saisons. Quand sa fille Perséphone est enlevée par le dieu des Enfers, Hadès, Déméter, désespérée, bloque toute vie sur terre, et la nature se meurt… Persephone, pendant ce temps, mange les graines du fruit de la grenade, qui, comme nous le verrons après, est très symbolique, et se voit obligée de séjourner pour l’éternité au Enfers, car telle est la règle, si l’on goûte à la nourriture de l’autre monde, nous en faisons partie à jamais. Grâce à l’aide d’Hekate, Déméter retrouve sa fille, déjà mariée à Hadès. Zeus intervient pour départager l’injustice, et décide que Perséphone passera six mois de l’année avec sa mère et six mois aux Enfers. D’où l’analogie des saisons où la nature se meurt et puis renaît. La saison sombre étant celle où Déméter pleure sa fille jusqu’à qu’elle sorte des enfers. Dans ce mythe donc sont renfermés les mystères et analogies du pouvoir de l’amour : création & destruction, fécondité & stérilité, mort & renaissance.


L’impératrice et sa magie, l’art de Vénus : Le Veneficium.


{Comment vous parler de tarot sans vous parler de magie ? Laissez moi vous faire faire un tour dans son histoire ... }


Le mot Veneficium et tout ce qui est associé détient peut être une des significations les plus intéressantes (à mon sens) de l’histoire de la magie. Ce mot cristallise à lui seul l’histoire de l’opinion publique sur la sorcellerie, depuis l’antiquité jusqu’à nos jours. Il est passé de désigner la magie d’une déesse, à désigner une médecine, elle passe par le droit juridique, puis finit par faire part du lexique botanique … Et tout ça à cause ou grâce .... aux aphrodisiaques :

Me lancer dans une explication détaillée de l’histoire du Veneficium donnerait une thèse universitaire alors je vais tenter de m’en tenir aux faits pour vous résumer au mieux la situation: Dans la Rome antique les sorcières étaient appelées Venefica, mot qui dérive de venenum qui à son origine désignait les “potions” (qui dérivera plus tard comme poison) magiques, les “philtres d’amour” (du grec philtron boisson d’amour et philos aimer) les substances capables d’influer sur nos esprits et états d’âme, d'éveiller nos désirs. L'étymologie du mot vient bien du nom Vénus (1). Aujourd’hui ce mot est utilisé pour parler de poisons mortels ou nocifs pour le corps humain, mais à l’origine ils désignaient bien les aphrodisiaques. Ceci est expliqué par l’analogie Vénus / déesse de l’amour, ainsi que par le fait qu’Aphrodite avait apparemment la main verte, puisqu’elle était aussi la déesse des jardins cultivés. Avec le passage des siècles et l’évolution du droit romain, le pouvoir en place à commencé a légiférer sur les pratiques des Venefica, car on estime qu’avoir de pouvoir de modifier le désir des gens est un crime (2). C’est là que commence la peur. D’ailleurs, ceci se passe avant le christianisme, et on connaît la suite avec l’apogée du Catholicisme en Europe. Le mot veneficium passe donc de désigner l’art des philtres d’amour, à désigner quelque chose de dangereux, puis à désigner carrément les poisons, puis les substances chimiques capables de tuer en botanique. Vous n’entendrez jamais aujourd’hui du mot venin comme quelque chose de positif, en dehors de son utilisation médicinale, le mot n’a que des connotations négatives “cracher son venin” “avoir du venin dans le coeur etc”.


Mais qu’y a t’il donc de si redoutable dans la magie aphrodisiaque ?


Aujourd’hui quand nous parlons d’aphrodisiaques, nous imaginons des fruits, aliments ou compléments, qui éveillent notre désir sexuel ou qui améliorent notre libido. Mais étais-ce le seul usage originel des aphrodisiaques ? Spoiler alert : Nope. La magie de Vénus avait plusieurs versants notamment le pouvoir d’influencer sur l’amour et non seulement notre désir sexuel, même si c’était lié. Nous faire aimer des autres, ou au contraire, nous faire détester. Car si les aphrodisiaques existent, les anaphrodisiaques existent aussi. Quand on y pense, avoir du pouvoir sur ce qu’aiment ou n’aiment pas les gens est peut être le plus grand des pouvoirs. Vous avez lu (ou vu le film) Le Parfum de Patrick Süskind ? Le pouvoir de s’aimer soi ou de ne pas s’aimer l’est probablement aussi. Mis à part la relation entre aphrodisiaques et fertilité qui me semble évidente comme source de crainte (que se passe t’il si d’autres personnes que nous mêmes sont capables de décider de la survie de notre lignée ?), contrôler le désir c’est contrôler les masses, et c’est quelque chose qui fait règle et loi dans toute société organisée.


La magie amoureuse navigue donc entre les versants du désir mais aussi du du rejet, et joue avec le besoin primaire de l’humain de se relationner avec l’autre et se sentir aimé (3) et par suite logique de créer des choses (ou des humains) ensemble. L’hindouisme et ses enseignements sur les chakras nous le montrent aussi : Le chakra racine, source de notre énergie sexuelle est vecteur de vie, de création, source du moteur de nos motivations dans la vie.

Ce qui est intéressant c'est que le culte à Aphrodite en Grèce antique était un culte à mystères qui naviguait aussi entre les versants du désir et ceux de la mort. Les épithètes de la déesse étant aussi antinomiques que les deux polarités de son pouvoir : Aphrodita Urania, (de l’amour céleste, amour élevé spirituellement) Aphrodita Pandemos (“pour tout le monde” de l’amour “vulgaire” dans le sens charnel) Aphrodita Ambologera (qui transcende l’âge) Aphrodita Madragoritis (déesse de la mandragore) mais aussi Aphrodita Skolia (la sombre) Aphrodita Melaini (la noire) ou encore Aphrodita Tymborychos (littéralement celle qui creuse des tombes), donc celle qui ramène la mort ou qui nous emmène vers l’obscurité du monde d’en dessous.


Mais du coup, concrètement, comment on fait du “Veneficium” ? Et quel rapport avec la saison sombre et l’arrivée du solstice ?


La magie amoureuse qui est une magie “verte”, elle est rarement voir jamais pratiquée sans des produits naturels, des plantes ou les fruits de la terre et de la mer, parfois corporels (sang menstruel etc mais ce vaste sujet est un article pour un autre jour), car il s’agît bien d’ingérer ou de faire ingérer le philtrum.

Les produits naturels utilisés pour ce faire étaient donc par association les végétaux associés à la déesse (entre autres évidemment) : la myrte, la myhrre, la mandragore, la rose, le pavot, la pomme ... et la grenade (Ça vous rappelle quelque chose?)

Il va de soi que les grecs n’étaient pas les seuls à faire de la magie amoureuse, et au cours du temps et des échanges humains des plantes venues d’ailleurs ont été rajoutées dans les recettes, comme la datura (toxique), le gingembre, la damiane, la brugmansia (toxique) etc…

D’autres éléments, par magie d’association mais aussi car physiologiquement stimulants, ont été considérés et utilisés comme aphrodisiaques au cours du temps, comme le safran, la verveine, les orchidées le fenouil…


Les recettes et combinaisons sont vastes et nombreuses mais pour finir l’article je voulais vous parler du fruit de la grenade qui amène Perséphone sous terre, mais c’est aussi celle qui pour moi, représente au mieux les mystères de l’arcane de l’Impératrice et de la saison que l’on traverse.



Voici un petit historique trouvé dans un super blog appelé “Dictionnaire des Symboles” :

“La grenade était aussi un fruit sacré pour les Assyriens. La déesse de l’Amour, Ishtar, est parfois représentée avec une grenade à la main. Le fruit était censé attirer le regard des hommes sur les jeunes filles qui en consommaient le jus en invoquant la déesse. La grenade symbolise la Force sexuelle, mais aussi la résurrection” [...] A Eleusis, les hiérophantes étaient couronnés de branches de grenadier pendant les Grands Mystères [5], mais le fruit sacré était rigoureusement interdit aux initiés car, de par la « faute » de Perséphone, la grenade symbolisait la descente de l’âme dans la matière-prison [6]. Sa double nature, symbole de vie et symbole de mort ou plus exactement du monde souterrain, découle du mythe de Perséphone, fille de Déméter (Cérès), déesse de l’agriculture, et de Zeus. Celle-ci fut enlevée par Hadès, dieu des Enfers. Accablée de chagrin, sa mère cessa de faire fructifier la terre. Zeus envoya alors aux Enfers son messager Hermès avec la charge de ramener Perséphone à la lumière du jour. Hadès offrit à la jeune déesse sept grains de grenade. Or, pour revenir du séjour des morts, il est impératif d’observer une règle, celle de n’y consommer aucune nourriture ou boisson. Perséphone mangea une graine et fut condamnée à passer un tiers de l’année avec Hadès aux Enfers. [...] A partir de la Renaissance, dans le domaine artistique, la grenade est associée à la Vierge et à l’enfant Jésus. On compte ainsi de nombreuses Vierges dites « à la grenade ». La grenade éclatée avec ses grains répandus est l’allégorie de la charité et des dons de l’amour généreux (Caritas) [9]. [...] Le Maghreb a conservé de « nombreux rites préislamiques se rattachant à la grenade qui symbolise abondance, prospérité et fécondité » [10]. Chez les Berbères, le fruit est présent au moment des labours et dans toutes les étapes importantes de la vie d’une femme (mariage, naissance). Pour le Prophète, la grenade est le fruit de l’arbre du Paradis. Pour les Chiites, le jus de grenade symbolise les larmes de Fatima, la fille du Prophète, qu’elle versa à la mort de son fils Hussein, et les grains du fruit sont les larmes du Prophète lui-même [11]. D’un point de vue soufi, la grenade symbolise le « jardin de l’Essence ». Elle est une métaphore de l’intégration de la multiplicité dans l’unité”


Le grenadier donne ses fruits de septembre à novembre, et il n’est donc pas coincidenciel que la mythologie grecque utilise ce fruit comme symbole de la descente au monde d’en dessous de Perséphone, en plus de ses propriétés aphrodisiaques à rajouter à la liste de ses attributs…

Dans 19 jours la peine de Déméter commencera doucement à s’alléger, les jours recommenceront à s’allonger et la nature commencera doucement son processus de renaissance après sa mort. Dans cette période si complexe qu’est la période sombre et la nuit magique que sera celle du 22 Décembre, car la plus longue de l’année, nos corps, sens et énergies sont mis à l’épreuve face à ce que chacun associe aux concepts de mort et renaissance. L’impératrice, souveraine de la liminarité de l’amour et du désir nous pousse à nous réapproprier nos pouvoirs de création et destruction, qui résident tous deux sur le fragile et merveilleux socle de notre amour propre, le plus mystérieux, puissant et efficace des aphrodisiaques…


Je vous souhaite toustes un excellent mois de Décembre et un très joyeux Solstice d'hiver...


Karlota.


Notes et Références :


(1) Venenum: Etymology : From Proto-Italic *weneznom (“lust, desire”), from Proto-Indo-European *wenh₁- (“to strive, wish, love”). See also Sanskrit वनति (vanati, “gain, wish, erotic lust”), Latin Venus, veneror, venia, vēnor and English wish.


(2) https://www.cairn.info/revue-le-moyen-age-2003-1-page-9.htm#no168


(3) Julia Carreras Tort , “Afrodisiacos, filtros de amor y del Deseo” , 2018.


Notes et références de l’article sur la Grenade :


La principale source de cet article est : Monique Zetlaoui, Divine grenade, Religions et Histoire n° 26, mai-juin 2009, pp. 58-65.

[2] Monique Zetlaoui, op. cit. p. 60.

[3] Ibid. p. 59.

[4] Jean Chevalier, Alain Gueerbrant, Dictionnaire des symboles, Laffont / Jupiter, Paris, 1982.

[5] Ibid.

[6] Ibid.

[7] Monique Zetlaoui, op. cit. p. 61.

[8] Chevalier, Gueerbrant, Dictionnaire des symboles, op. cit.

[9] Hans Biedermann, Michel Cazenave, Encyclopédie des symboles, Librairie Générale Française, Paris, 1996.

[10] Monique Zetlaoui, op.cit. p. 62.

[11] Malek Chebel, Dictionnaire des symboles musulmans, Albin Michel, Paris, 1995.

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