La sorcière et la révolte

La sorcière comme représentation de la résistance



Une traduction de l'article del Gremi del Art, association de recherche sur la sorcellerie traditionnelle en Catalogne, co-fondée par Julia Semproniana d'Occvlta Crafts, que nous aurons le plaisir d'accueillir à la Semaine des Magies 2019.


" La Sorcière et la Révolte : La sorcière comme représentation de la résistance


Dans des moments aussi agités que ceux que nous vivons actuellement, nous regardons derrière nous pour essayer de trouver conseil, en essayant récupérer des anciens exemples de courage et persévérance. Une grande partie de la société identifie la Sorcière avec une personne persécutée et condamnée par l'establishment au pouvoir. D’ailleurs, ce n’est plus si rare de voir circuler des t-shirts et slogans qui clament “nous sommes les descendantes des sorcières que vous n’avez pas pu brûler”. Mais, est-ce que cette affirmation est exacte? Est-ce la résistance le lieu qui correspond à la Sorcière? Est-ce la sorcière un standard valide pour représenter les opprimé.es?


La plupart des fois où les médias et canaux de diffusion généralistes parlent de Sorcellerie, c’est depuis un point de vue anthropologique ou historique : Souvent tout paraît faire référence au phénomène de la Chasse : Le public a appris, ou l’a-t’on éduqué, à identifier la Sorcellerie avec la persécution systématique d’individus (majoritairement des femmes de classes sociales pauvres) qui a eu lieu dans toute l’Europe dès la fin du Moyen Age et début de l'Ère Moderne. Ceci a créé dans les mentalités du public une image dépouillée de tout mysticisme et magie : la sorcière que l’on nous présente dans les musées et foires, dans les reconstitutions et dans le discours social actuel, semble ignorer très souvent l’origine du concept, la construction précédente à cette narration, ainsi que l’influence postérieure que cet événement traumatique a eu dans nos imaginaires.


On assimile les sorcières, automatiquement, à ces personnes persécutées injustement par le pouvoir ou l’église, en les identifiant à des têtes de turc dans des moments crítiques, personnes qui sont devenues la victime expiatoire des péchés et tensions sociales. Mais cette image de la sorcière est biaisée et partiale, incertaine : La Sorcière et le sorcier (au final, la sorcellerie) sont plus que “la victime”, sont bien plus que “l’être persécuté”, et insister continuellement sur ces affirmations, ne fait qu’effacer l’immense richesse de notre culture et sagesse populaires.


La Sorcellerie, comme nous l’avons souvent évoqué dans nos articles, est une construction complexe (qui nous est inateignable dans beaucoup de cas), mais nous savons qu’elle trouve ses origines dans l’humanité même. C’est une nécessité inhérente à l’être humain que de croire en la magie. La sorcellerie est aussi, si nous regardons de plus près l’étymologie, le reflet d’une croyance en l’inconnu / l’interdit, un reflet des peurs et craintes qu’amène la nature désincarnée, le souvenir héréditaire d’un contact sans intermédiaires entre le monde quotidien et le monde de l’occulte. La sorcellerie se manifeste dans la capacité de certains individus de transgresser les frontières, administrer la vie et la mort, apprendre les secrets de l’ineffable, les connaître et les comprendre dans toute sa force.


Mais c’est dans le changement du paradigme social auquel nous assistons à la fin du Moyen Age, quand l’invisible, le secret des mystères de l’existence et la capacité d’expérimenter la vie dans son mysticisme, est laissé de côté pour passer à un rationalisme brutal et réducteur. La sorcière est dépouillée de toute sa charge symbolique, mythologique, de toute connaissance contenue dans les mythes et légendes de nos territoires. Et c’est de cette image triste et sèche de la Sorcière dont nous avons hérité aujourd’hui. L’autre, est l’image infantilisée, qui correspond aussi à la façon dont nous concevons la nature, la Vie et la Mort, la Magie. La sorcière des contes est une simple caricature des énergies qui fut un temps, habitaient (et habitent), nos terres.


Souvent, nous rejetons la faute de tout ceci à la pression cléricale, la persécution religieuse, les théologues et démonologues qui se régalaient à rédiger des méthodes de torture et faisaeint valoir la parole de dieu au dessus de toute chose. Évidemment, le catholicisme à fait l’impossible pour éradiquer les anciennes coutumes païennes, les vestiges des cultes à mystères, et certaines visions magiques de l’existence. Par contre, il faut emphaser sur le fait que ça a bien été le rationalisme, et les méthodes “scientifiques” qui ont surgi a posteriori qui ont profondément détruit la vision de la sorcellerie, du mystique et de la spiritualité :

Encore aujourd’hui nous en payons les conséquences : notre capacité d’expérimenter et croire en ce que nous voyons, et le considérer réel, a été violemment réduite par le positivisme.

Sans le moindre doute, durant la chasse, des milliers de personnes innocentes ont été assassinées. Le pouvoir a toujours fait tout son possible pour perpétrer des systèmes de peur et de non-action sociale, dormant avec des crises apparemment plus grandes et dangereuses. Mais, cela veut-il dire qu’il n’y avait pas des vraies sorcières? N’y avait-il pas des individus qui sortaient de leur corps la nuit, et voyageaient aux territoires du rêve? N’y avait il pas des personnes qui connaissaient les mystères de l’existence, qui pouvaient communiquer avec les esprits? N’y avait il pas des êtres nocturnes capables d’endommager des récoltes et qui cherchaient des âmes sans défense? Nier tout ceci catégoriquement donne comme résultat la situation actuelle: un scepticisme désolant, l’incapacité de re-comprendre le passé tel qu’il était pensé.


Maintenant, comment pouvons nous récupérer la vision originelle de la sorcière? D’ailleurs, le peut-on réellement? La seule manière possible est en apprenant beaucoup des choses qui ont été perdues, et en oubliant aussi, ce qui nous empêche de les comprendre. Il faut détruire la capacité de nier catégoriquement tout ce que nous ne comprenons pas avec la raison, et se réfugier quelque peu de sa lumière aveuglante. Peut-être la sorcière ne devrait pas tellement être vue comme une victime, mais plus comme la pulsion du bourreau qui agit au nom de l’Invisible, peut-être ainsi pourrions nous en saisir tout son pouvoir, ce qu’il était, et ce qu’il est encore aujourd’hui. "


Article publié originellement en catalá le 6 Octobre 2017 par el Gremi del Art, traduit de l'espagnol par Karlota Alevosía. Tous droits résérvés.

0 vue
  • Facebook - Black Circle
  • Black Instagram Icon

© 2018 by Tarot de Comptoir. Created with Wix.com